L'Art Equestre

Né du combat, l'art équestre est, comme la guerre selon le mot de Bonaparte, «un art tout d'exécution».
Les rôles respectifs du cavalier et du cheval, à la guerre, voulaient que le premier pût disposer du second avec maîtrise et sûreté, sous peine de mort.
Un tel enjeu devait nécessairement conduire au plus grand perfectionnement possible, perfectionnement non académique, dont il reste quelque chose, de nos jours, dans l'équitation de combat tauromachique.
Au XVe siècle, l'équitation crée une forme d'expression.
Jusqu'alors, le cheval n'avait été utilisé que comme un instrument au service de l'homme.
La première incarnation du mythe du centaure apparut au début du XVIe siècle avec les seigneurs espagnols de la suite de Ferdinand d'Aragon à son quartier général de Naples.
Le cheval espagnol, merveille de force et d'équilibre, offrait aux écuyers napolitains l'éblouissante vision d'une équitation dont la beauté égalait l'efficacité.
La subtilité de quelques hommes, conjuguée à l'adresse du cheval, révéla les débuts de l'art équestre.
A la même époque, c'est encore en Italie, sous la protection des grands ducs de Toscane, qu'est exploré pour la première fois le domaine de l'équitation formelle.
Dès lors, l'art nouveau ne cessera de se perfectionner jusqu'au XVIIIe siècle.
Il atteindra son apogée au manège royal de Versailles.
L'art équestre vise grâce à des moyens rationnels, à l'équilibre le plus parfait entre cheval et cavalier.
César Fiaschi, gentilhomme ferrarais, fondateur d'une des premières académies d'équitation, a recherché dans le rythme musical la cadence du pas de ses chevaux, mariant ainsi leurs mouvements au rythme de la musique.
«Sans temps et mesure, ne se peut faire aucune bonne chose», écrit-il.
L'action de cet écuyer est au point de départ de la théorie de l'équitation.



L'art équestre implique l'élaboration d'une technique consommée, soutenue par une étude approfondie.

Au XIXe siècle, l'art équestre dégénère du fait que la cavalerie est devenue affaire non plus de combattants isolés, mais de masses montées.
Les héros des charges napoléoniennes sont des soldats d'une témérité folle et de fort médiocres cavaliers.
La caractéristique singulière de l'art équestre est qu'il exige deux acteurs, et que tous deux parviennent à n'être qu'un.
L'immense difficulté de l'équitation d'école tient au très petit nombre de moyens dont dispose le cavalier et à leur simplicité même.
Il s'agit de touches, de nuances autorisées par la communication quasi indescriptible qui doit s'instaurer entre le cavalier et sa monture, sous peine d'échec radical.
L'art, ici, ne consiste pas en invention d'allures et d'airs jamais vus, la conformation du cheval n'en permet qu'un nombre limité.
Il naît, comme la danse, d'une grâce gestuelle, d'une harmonie informulable.
Personne ne peut être bon homme de cheval s'il ne connaît l'usage de ses aides et s'il ne sait mettre à profit les moyens physiques du cheval, s'il ignore les éléments de la psychologie et de la physiologie animales.
Il faut que l'esprit les conçoive en même temps que le corps s'y accoutume.
La théorie et la pratique s'assistent mutuellement et continuellement.
Le dressage d'un cheval, suivant la définition de l'art équestre, consiste, par une méthodologie précise, à le mettre dans diverses positions qui le conduisent à agir et à produire les allures et les airs.
La qualité des variations dans l'exécution définit la haute école.
C'est à quoi visent toutes les méthodes éprouvées.
Les modifications de l'équilibre juste du cheval, à toutes les allures, dans tous les airs et dans toutes les utilisations, sont innombrables.
Le corps de l'écuyer doit constamment les épouser ou ne s'en dissocier délicatement que dans la mesure où il recherche, par variation de l'équilibre, à varier l'allure, l'air ou la cadence, ou à en changer.
Ces principes forment une base dont la valeur s'étend à toutes les disciplines de l'équitation.
Les plus élémentaires d'entre elles doivent tirer de la haute équitation tout l'avantage que procure la maniabilité d'un cheval assoupli et équilibré.
La technique du dressage des chevaux de haute école réside d'abord dans la création, par association contiguë, de réflexes et d'habitudes.
À partir de ce langage conventionnel, il est possible d'indiquer, sans aucun effet de force, les départs, les arrêts, les changements de direction, et les «reculers».
C'est souvent à pied, afin de ménager au maximum la susceptibilité et de le mettre dans les dispositions les plus favorables, que ces premiers contacts peuvent être établis.
La voix, les touchers de la gaule ou de la main, les indications douces données par les rênes, les caresses et les friandises contribuent à créer un réseau de communications qui, en dehors de toute contrainte ou affolement, permettra de faire comprendre au cheval les désirs du cavalier.
Le conditionnement mental du cheval ne doit pas aller au-delà de cet objectif, faute de quoi on s'éloigne de l'équitation vraie, qui est fort peu dressage et beaucoup gymnastique.
La haute équitation ne serait qu'un sport ou un savoir-faire si elle résultait seulement de l'application scrupuleuse de techniques éprouvées.
Elle est un art par le talent, le sentiment et le goût dans l'élaboration qu'elle exige de l'écuyer, par la beauté du spectacle équestre.
Les chevaux choisis pour l'art équestre doivent bénéficier d'heureuses proportions, être équilibrés sur leurs aplombs, doués d'allures régulières et élastiques, et surtout jouir d'un tempérament fin et généreux.
Cette dernière condition prime toutes les autres, car un cheval sans ardeur exige des efforts d'impulsion permanents qui entravent toute expression artistique.
Mais le cheval idéal n'existe pas.
Chaque cheval a son style, que le cavalier a pour rôle de révéler.
L'artiste, c'est le cheval.
Le cavalier met en scène.
En haute équitation, le cheval n'est pas dressé, il est instruit.
Il faut qu'il soit doué.
L'art équestre se distingue par là du dressage, simple tissu de procédés.


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